Elle a 23 ans, elle est ingénieure du son, ancienne du campus d'Abomey-Calavi, perchwoman aguerrie et déjà formatrice pour d'autres jeunes filles. Aline HOUNKPATIN a grandi entre câbles et enceintes, aux côtés de son père, avant de faire du son sa vocation, dans un secteur où les femmes se comptent encore sur les doigts d'une main. AfriQulture est allé à sa rencontre.
Le déclic
AfriQulture : Comment est née votre passion pour le cinéma, et plus précisément pour le son ? Y a-t-il eu un déclic, une personne, un film ?
Aline : Comme je l'ai dit, à force de faire les installations domestiques avec mon père, j'ai commencé par être attirée pour la sonorisation à la maison. Et après le Bac, j'ai vu l'école INMAAC sur le campus qui avait comme filière Cinéma et Audiovisuel et déboucher j'ai vu ingénieur de son. Donc en gros c'est mon père qui m'a attiré dans ce domaine.
AfriQulture : Pourquoi avoir choisi la spécialité Son plutôt qu'une autre branche de l'audiovisuel ?
Aline : Au début, j'ai commencé le cadrage mais je m'y voyais pas trop, ensuite le montage et j'ai commencé par avoir peur pour mes Yeux. Et enfin le prof de son est venu pour faire son cours, le cours était bien expliqué que cela a poussé des curiosités en moi alors j'ai dit pourquoi ne pas pousser à bout mes curiosités. Et le second en son, on est allé dans une maison radio, et là un autre professeur m'a donné l'opportunité d'apprendre sur le tas et de faire un enregistrement sonore avec des réglages. Après ça j'ai commencé par voir les perchman et le projet qui était en face de moi le DOP m'a lancé comme Chalenge que moi je pouvais pas garder la perche pendant 30min et là j'ai tout fait pour atteindre 1h d'enregistrement.
« Le prof de son m'a poussé à aller au bout de mes curiosités, et sur un défi, j'ai tenu la perche pendant 1h d'enregistrement. »
Le métier, sans filtre
AfriQulture : Concrètement, en quoi consiste le métier d'ingénieure du son sur un tournage ou une production ? Que fait-on, très concrètement, que le public ne voit jamais ?
Aline : Le métier d'ingénieur de son consiste à faire la prise de son ou encore la captation sonore sous différentes formes. Studio, plateau cinéma. Le public ne voit pas les heures à être debout avec la perche car c'est très difficile de rester debout avec une perche pendant des heures et surtout combien de reprise à faire afin d'avoir une bonne image et un bon son.
AfriQulture : Qu'est-ce que le son apporte à une œuvre audiovisuelle que beaucoup de gens sous-estiment ?
Aline : Imaginez regardez un film sans son. Je pense pas que vous allez suivre.
Le son apporte les émotions, la musique, le bruitage, la voix tout ça fait que nous prenons du plaisir à suivre. On refuse de ne pas être sourd et imaginez que vous entendez rien.
La formation : INMAAC et CITECIB
AfriQulture : Vous avez étudié le Cinéma et l'Audiovisuel, option Son, à l'INMAAC (Université d'Abomey-Calavi). Comment s'est passée cette formation, et qu'est-ce qu'elle vous a réellement apporté ?
Aline : Bon, rien n'était facile, ma première année je n'ai pas eu de cours de son, donc j'ai commencé par cadrage pour le premier semestre et le second semestre j'ai eu mon premier cours de son mais j'étais pas convaincue c'est lors des films de soutenance des aînés qu'on nous a donné le privilège de travailler sur un plateau d'école. J'ai regardé et j'ai vu. Mais à la suite, j'ai commencé par faire des stages afin de m'en sortir car c'était des cours de deux semaines par an. Mais aujourd'hui, je peux dire grâce à mes cours et au peu de connaissances, j'ai pu me lancer sur le terrain, travailler avec des professionnels afin de renchérir mes compétences.
AfriQulture : Vous avez aussi suivi des ateliers en Ingénierie du Son à CITECIB. Qu'est-ce que cette formation complémentaire vous a permis d'acquérir que l'université n'offrait pas ?
Aline : Oui j'ai suivi une formation à CITECIB, chaque ingénieur avec son secret. Le formateur venait de l'extérieur donc une différence technologique. Des années de compétences, du matériel sophistiqué. C'était la différence. Avec ce formateur j'ai vu du matériel comme un enregistreur Sound Device, des micros de pointe.
Femme dans un monde d'hommes
AfriQulture : Quels ont été vos plus grands obstacles dans ce parcours : financiers, matériels, ou liés au regard des autres sur une jeune femme dans ce domaine ?
Aline : Les obstacles sont d'abord financiers car si le financement était là j'aurais déjà mon matériel. Et c'est pas pour une fille de se retrouver parmi tant d'hommes et dire être ingénieur de son. Ou convaincre les productions que malgré que je sois femme je peux à bien porter le projet.
Pour le regard des autres, issu de cette école ils disent que c'est pas encore ça. Toujours chercher à minimiser et sous estimer la valeur. Pour des personnes âgées, c'est pas normal pour une fille de rentrer à des heures tardives en affirmant que c'est pour le boulot.AfriQulture : Avez-vous déjà eu à prouver deux fois plus vos compétences parce que vous êtes une femme ? Pouvez-vous nous raconter un exemple ?
Aline : Oui j'ai eu le faire. J'ai eu un projet de tournage collaboration Bénin Nigeria pour un spot, lors de la réunion, le producteur me présente aux nigérians étant preneuse de son. Ils ont dit comment ça. Qu'eux ils n'ont jamais croisé depuis qu'ils bossent.
Un autre, c'était toujours extérieur on m'a présenté en tant que Perchwoman ils ont demandé si ça existait des femmes dans ce métier et ont déjà jugé que moi je vais pas pouvoir tenir. Mais j'ai fini les un mois de tournage sans problème. Ils étaient étonnés. Pour eux je pouvais pas aller jusqu'à la fin.
« On m'a présentée en tant que Perchwoman, ils ont demandé si ça existait des femmes dans ce métier. Mais j'ai fini les un mois de tournage sans problème. »
AfriQulture : Le milieu du son et de l'audiovisuel est encore largement masculin. Comment vivez-vous votre place de jeune femme dans ce secteur ?
Aline : J'ai eu des connaissances qui m'ont permis de travailler sur leur projet et de là quand les projets viennent j'étais d'exceller plus afin de m'imposer dans le domaine.
Les mentors
AfriQulture : Y a-t-il un mentor, un(e) professeur(e) ou un(e) professionnel(le) qui vous a particulièrement marquée dans votre formation ?
Aline : Oui oui il y a toujours. Ils sont nombreux je vais pas oublier ils ont tous apporté des touches dans mon parcours et aujourd'hui on continue de discuter afin que je puisse trouver des sorties à l'international. Je peux en citer quelques-uns : Bruno HOTEKPO, Mav Dani, Didier GUEDOU, Michel TSAGLI et Rodrigue GLOKPO.
Les festivals qui ouvrent des portes
AfriQulture : Vous avez participé au Festival Émergence Togo. Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté, professionnellement et humainement ?
Aline : Cela m'a permis de rencontrer assez de personnes. D'écrire un scénario et de tourner un film lors de mon atelier Off court à Trouville, qui aujourd'hui est en sélection à Off court Trouville en France.
AfriQulture : Vous avez également pris part au Festival International du Film Documentaire de Porto-Novo. Quel rôle y avez-vous joué, et qu'en retenez-vous ?
Aline : Lors de ce festival, j'y ai participé en tant que Cine-pépinière. Et là tu vois comment les scénaristes pensent, tu regardes aussi comment les gens font leur pitch. C'est une festivalière qui participe aux programmes. Et ce programme c'est ciné pépinière.
AfriQulture : Ces festivals vous ont-ils permis de rencontrer d'autres professionnels du cinéma africain ? Qu'est-ce que ces échanges vous ont apporté ?
Aline : Ces Festivals m'ont permis de connaître des gens, d'avoir accompli comme rêve de voir de saluer des personnalités du cinéma.
AfriQulture : Avez-vous un souvenir marquant, une anecdote de tournage ou de festival que vous aimeriez partager ?
Aline : Ah oui.
J'étais au festival fifDopo. J'étais assise avec un formateur entrain de parler de l'écriture, quand un monsieur est venu s'asseoir à notre table, et là le formateur me dit tu vois Joel parcontre. J'étais ébahie, comment ça, le directeur du festival Émergence Togo assis à notre table. Et là je lui ai expliqué que j'aimerais participer aux programmes. Donc il m'a dit de faire ma demande quand ils vont lancer et voilà comment j'ai quitté Fifdopo pour Émergence Togo.
Le jour où elle a failli tout lâcher
AfriQulture : Y a-t-il eu un moment où vous avez douté, où vous avez failli abandonner ce chemin ? Qu'est-ce qui vous a fait tenir bon ?
Aline : A vrai dire, oui. J'ai failli abandonner car je trouvais pas de projets ni rien du tout. Et j'ai dit bon je vais laisser. Mais je me suis rappelée que je me suis faite une promesse toujours prier quand ça va pas et de se rappeler que j'ai déjà accompli des choses qu'il me reste à accomplir. Et que j'écrirai l'histoire du Son cinéma au Bénin avec mon nom.
« J'écrirai l'histoire du Son cinéma au Bénin avec mon nom. »
La vision : les prochaines années
AfriQulture : Dans 5 à 10 ans, vous vous voyez où ? Quelle trace voulez-vous laisser dans le cinéma et l'audiovisuel africain ?
Aline : Dans 05 ou 10 ans, je vais actuellement continuer des études approfondies dans le Son cinéma et Ingénierie du son Live. Être l'une et meilleure de ce domaine. Créer une école spécialisée dans le Son avec plusieurs branches et permettre aux étudiants de faire leur parcours sans voyager. Faire des masterclass avec des filles pour leur donner la chance de faire ce qu'elles veulent et de savoir s'imposer. Lors du Festival Fiff, à l'atelier Kino Wendia j'ai été la formatrice en son. Et toutes ces filles qui sont intéressées, je suis en contact avec elles, les motiver, leur permettre de me poser des questions même dans ma vie sentimentale afin de les pousser à faire le Son.
Le message à la jeune fille qui hésite
AfriQulture : Si vous aviez un message pour une jeune fille béninoise qui rêve de faire du son ou du cinéma, mais qui hésite encore à se lancer, que lui diriez-vous, les yeux dans les yeux ?
Aline : Si tu veux faire ce métier, fais le. Mais si tu veux pas, laisse. Car ce métier veut pas des gens qui hésitent mais des gens durs et sûrs de ce qu'ils veulent. Faut pas regretter.
« Ce métier veut pas des gens qui hésitent mais des gens durs et sûrs de ce qu'ils veulent. »
Et pour finir : c'est quoi une femme africaine qui gagne ?
AfriQulture : Aline HOUNKPATIN, c'est quoi pour vous une femme africaine qui gagne ?
Aline : Une femme africaine qui gagne c'est cette dame qui ne se contente pas des victoires, mais qui est toujours prête pour la bataille.
Avant de nous quitter, Aline a tenu à lancer un appel aux professionnels du secteur : elle exhorte les boîtes de production à multiplier les appels d'offres destinés aux femmes, et à leur laisser la chance de faire leurs preuves.
Chez AfriQulture, nous croyons que les histoires qui comptent vraiment ne sont pas toujours celles qui font le plus de bruit. Aline n'a pas attendu qu'on lui tende un micro, elle a pris la perche elle-même. Et c'est exactement pour ça qu'on a voulu raconter son histoire. 🎙️
Interview réalisé par KOURAOGO Abdou Ramané (AfriQulture BF) et rédigé par Christelle Akissi Konan #AfriQultureCôtedIvoire
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